Le David de Michel-Ange, Florence

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Le David de Michel-Ange, Florence

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Avis sur "Le David de Michel-Ange, Florence"

publié le 28/11/2008 | madmike
Membre depuis : 16/06/2000
Avis : 4373
Lecteurs satisfaits : 69
Plus à mon sujet :
30/01/17... Pénélope Fillon aurait été payée par La revue des deux mondes presque sans écrire, alors que les ciaonautes devraient écrire sans être payés... Cherchez l'erreur ! ;o(
Excellent
Avantages Le David est superbe...
Inconvénients ...mais paraît-il peu accessible en été.
très intéressant
Intérêt
Fréquentation et Affluence
Amplitude Horaire
Accueil et Service
Propreté

"Avide de David"

L'altière statue devant la rotonde aménagée en 1873

L'altière statue devant la rotonde aménagée en 1873




Préambule



Le toscan Michelangelo Buonarroti n'avait que vingt-six ans lorsqu'il fut chargé en 1501 de tailler une statue dans un grand bloc de marbre abandonné depuis plusieurs décennies sur le chantier de la cathédrale florentine de Santa Maria dei Fiore (Notre-Dame des Fleurs) en raison de ses défauts qui avaient déjà découragé plusieurs sculpteurs renommés.

Les commanditaires qui choisirent ce jeune sculpteur ne se doutaient sans doute pas que la pierre de rebut allait ainsi devenir l'une des plus célèbres statues de l'art occidental, mais ils se rendirent compte dès la livraison du David en 1504 que l'on était bien loin des sculptures hiératiques auxquelles le gothique les avaient habitués.

Le David ne fut ainsi jamais installé en la cathédrale pour laquelle il avait été commandé, mais séjourna au contraire plusieurs siècles sur une place publique, avant d'être mis à l'abri des intempéries en 1873 dans la Galerie de l'Académie , au sein d'une rotonde spécialement conçue pour lui…


Une icône florentine



Le David aurait dû être une sculpture religieuse, puisqu'il représentait un héros biblique, mais la représentation qu'en avait donnée Michel-Ange était très éloignée des bondieuseries ne fut point placée en un lieu de culte, mais devant le Palazzo Vecchio , le centre du pouvoir florentin alors, et ce choix d'implantation indiquait assez qu'elle n'était pas vue comme religieuse, mais comme purement sculpturale.

Le héros statufié devint du coup le symbole de la République florentine , d'une part bien évidemment parce qu'il était placé devant son siège, d'autre part parce que le côté petit héroïque qui terrasse plus grand que lui (en l'occurrence Goliath ) ne pouvait que séduire les citoyens d'une cité-état qui devait faire face aux voisins plus puissants qu'elle !

La dimension iconique s'est pour le moins perdue depuis, puisque Florence n'est plus qu'une ville d' Italie parmi d'autres et ne vibre plus que pour la Fiorentina , son équipe de football, et le seul écho qui en reste est la prolifération d'objets dérivés d'un goût assez discutables, comme des caleçons reprenant la photo de la partie correspondante du David !

Le David a en revanche inspiré bien d'autres artistes depuis, et par exemple l'écossais David Mach a créé une version en allumettes (!) de sa tête, œuvre exposée en 2007 à la parisienne Galerie Jérôme de Noirmont : le retentissement du modèle de Michel-Ange est suffisant pour qu'il puisse être exploité comme référence, suivant en cela une tendance de l'art contemporain dont les pratiques sont de plus en plus fréquemment référentielles (on crée une œuvre qui en cite explicitement une autre, et ne peut pleinement être appréciée que si l'on connaît l'œuvre citée)…


Un chef d'œuvre sculptural



Le David est désormais exposé au bout d'un long couloir, sur un piédestal, devant une rotonde faite sur mesure, et ce dispositif particulièrement bien pensé met en valeur la sculpture , qui du haut de ses quatre mètres cinquante (sans compter le socle) domine le visiteur. La dimension indique assez la volonté d'héroïsation du modèle, et en lui donnant ainsi une taille colossale le sculpteur soulignait déjà la dimension surhumaine du héros.

Le David est totalement dénudé , bien loin des frileuses sculptures médiévales, et Michel-Ange retrouve ainsi la nudité de l'antique, marquant bien cette volonté de Renaissance qui conduisait à chercher la beauté dans les œuvres des grecs et des romains - le choix du nu est d'autant plus significatif qu'il s'agissait a priori d'une œuvre religieuse, et que cette nudité n'allait pas forcément dans le sens de l'Eglise !

L'homme est donc nu, d'une nudité musculeuse qui certes atteste son statut héroïque, mais fait également écho aux nus idéaux de l'antique, et Michel-Ange célèbre ainsi une beauté masculine idéale, à laquelle il n'était dit-on pas franchement insensible. Le David est le prototype de l'icône gay, comme en peinture le Saint Sébastien d' Andrea Mantegna , et cette célébration masculine est là encore bien éloignée des idées des commanditaires initiaux de l'œuvre…

L'attitude est inspirée de l'antique, avec un léger déséquilibre dans la position du corps, un contraposto qui trouve sa source dans les innovations sculpturales bien antérieures d'un Praxitèle et donne tout son dynamisme à la sculpture : la position un peu instable induit une idée de mouvement, et du coup la sculpture n'a pas l'air figé, mais paraît juste un instantané d'un mouvement en cours , comme si le héros était sous nos yeux en train d'agir. Michel-Ange oublie d'un coup le hiératisme médiéval, et ouvre la porte au dynamisme sculptural du maniérisme, voire même à plus long terme du baroque, transcendant le caractère intrinsèquement statique d'une sculpture !

Le David regarde au loin, fixant sans doute Goliath , et il tient sa fronde, presque négligemment pourrait-on croire si les muscles n'étaient saillants, bandés, indiquant une action imminente. La pierre est encore dans la main droite, mais la tension indique que le dénouement est proche , et le sculpteur a quasiment représenté cet instant décisif que les peintres de l'âge classique allaient tenter de saisir dans de savantes compositions. L'œuvre sous-entend ainsi tout ce qui va se passer, simplement par cette représentation en pleine tension vers l'absolu, en pleine épectase pourrais-je écrire si le terme n'avait été galvaudé depuis les frasques d'un homme d'église !

Le David n'est point antique du tout en cela, et Michel-Ange , sculpteur de génie, ne cherche pas à copier l'antiquité, mais l'utilise comme un point de départ pour sa propre composition profondément innovante. Les proportions sont également surprenantes, avec des mains surdimensionnées, loin des canons idéaux de l'antique : s'agit-il de souligner le rôle de ces mains, qui vont bientôt bander la fronde ? Je le crois, et la disproportion attire en tout cas l'attention là-dessus, mais sans pour autant paraître monstrueuse : c'est là le miracle de ce David qui, si l'on y réfléchit, ne « colle pas », et est pourtant un miracle de grâce et d'équilibre . Le jeu avec les proportions annonce d'ailleurs un maniérisme qui s'épanouira à Florence quelques décennies plus tard, alors que Michel-Ange , finalement son précurseur, sera parti servir les papes à Rome


C'est un garçon !



Le David est nu, et il est aisé de se rendre compte de sa masculinité, Michel-Ange ayant représenté avec méticulosité cette partie du corps que l'on préférait alors souvent éluder. Le choix était audacieux alors, et d'ailleurs plus tard le même artiste verrait ses fresques de la chapelle Sixtine rhabillée par un tâcheron qui resterait pour l'éternité connu comme Il Braghettone , ce qui indique assez que le nu n'était point encore universellement admis.

Le sculpteur, point insensible au charme viril à ce que l'on dit, a apporté tout son métier à représenter la chose. Le héros biblique est ainsi doté d'un sexe curieusement non circoncis, délicatement posé sur deux testicules dont les observatrices auront noté que l'un est plus gros que l'autre. La toison pubienne est explicitement indiquée, ce qui il y a un demi-millénaire était à la limite de la provocation, et il est ainsi clair que David est un homme, pas un de ses éphèbes à peine pubères de l'antiquité. Le détail un peu surprenant de ce côté-là reste quand-même le côté quasiment peigné des poils pubiens, comme si David s'était fait faire une petite mise en plis avant d'aller au combat, mais c'est là la seule entorse à un réalisme implacable et presque trivial.

Il aurait sans doute été amusant d'ailleurs de voir la tête des commanditaires lorsqu'ils se virent dévoiler une œuvre aux détails aussi explicites, et il est tout aussi amusant de constater aujourd'hui qu'on le trouve de nos jours commenté aussi bien sur l'encyclopédique wikipedia que sur des blogs gays ! L'œuvre surprenait alors, et porte encore aujourd'hui un charme homoérotique , suivant le néologisme forgé par les anglosaxons…


Dans la galerie de l'Académie



Le David est exposé depuis 1873 dans la galerie de l'Académie , autrement dit dans la pinacothèque et glyptothèque de l'école locale des Beaux-Arts, dont il constitue évidemment le point d'attraction principal. L'inconvénient de la chose est qu'il n'est visible que moyennant l'acquisition d'un billet pour ladite collection, alors que la majeure partie des visiteurs se contrefichent des innombrables primitifs italiens des autres salles, et ne viennent que pour lui.

Le billet n'est pas donné, et surtout il paraît qu'en saison l'affluence est assez horrible, et ne laisse guère au visiteur la sérénité nécessaire pour apprécier une œuvre aussi exceptionnelle. Ceci étant, si l'on évite les périodes estivales et printanières, l'affluence touristique est nettement plus faible, et c'est l'occasion d'en profiter pleinement, sans trop être gêné par les autres visiteurs. En revanche il est probable qu'en été il faille se préparer à une longue file d'attente, ou à acquitter le supplément pour un billet préréservé…



En conclusion



Le David de Michel-Ange était révolutionnaire, et garde encore toute sa force .

Cette statue colossale marque une rupture avec la statuaire plus figée du Moyen-âge , et elle transcende également l'héritage antique dont s'inspirait l'alors jeune sculpteur pour proposer une œuvre étonnamment moderne lors de sa conception, et restée depuis l'une des sculptures les plus célèbres de l'art occidental.

Il me paraît difficile de passer à Florence sans aller voir cette icône sculpturale, même si l'on n'est pas sensible à son impact homoérotique, et finalement le seul reproche que je puisse formuler est que son inclusion dans les collections de la Galerie de l'Académie ne la rende visible que moyennant l'acquisition d'un billet onéreux…

Note : 9/10

* David de Michelangelo Buonarotti
- visible au sein de la collection de la Galerie de l'Académie
- 65,60 francs (soit dix euros) le billet incluant l'accès à l'ensemble des collections exposées
- supplément de 26,24 francs (soit quatre euros) pour une préréservation (recommandée en haute saison)

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très intéressant

Commentaires sur cet avis

  • willymax publié le 31/03/2009
    un avis très intéressant... et quelle analyse
  • wakemanPourUnAvis publié le 05/12/2008
    Argh plus de E... c'est tout ce que j'aime ça !!!!!!
  • solea66 publié le 03/12/2008
    Très belle analyse de cette sculpture qui semble t'avoir inspiré!
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