L'usine élévatoire de Trilbardou

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L'usine élévatoire de Trilbardou

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Avis sur "L'usine élévatoire de Trilbardou"

publié le 20/04/2007 | Krys_TOFF
Membre depuis : 08/04/2007
Avis : 41
Lecteurs satisfaits : 25
Plus à mon sujet :
Excellent
Avantages Pour les fans d'histoire des technologies.
Inconvénients N'intéressera pas les plus jeunes.
très intéressant
Intérêt
Fréquentation et Affluence
Amplitude Horaire
Accueil et Service
Propreté

"Quand Alphonse Sagebien réinvente la roue."

Schéma de la roue de Sagebien

Schéma de la roue de Sagebien

Aujourd'hui, je ne vous présente pas un texte mais un avis, mon premier « vrai » avis sur ce site en fait.

J'aime bien tout ce qui est technologique et/ou architecture historique. J'habite pas loin du canal de l'Ourcq sur lequel je fais souvent des petites balades à vélo et j'ai appris un peu par hasard l'existence d'usines élévatoires le long du canal. Profitant d'une journée portes ouvertes dans le cadre des « Monuments font le printemps », je suis donc allé visiter l'usine élévatoire de Trilbardou. C'est pas très loin de chez moi et en plus c'est gratuit.


Un peu d'histoire d'abord
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Afin de comprendre le site, il faut le situer dans son contexte historique. Permettez-moi donc de vous emmener dans le passé quelques instants…

Au départ, il y a une rivière, l'Ourcq, qui se jette dans la Marne. Sous le règne de François 1er, elle commence à être « canalisée » afin de permettre de relier La Ferté-Milon à Paris via la Marne mais ce n'est qu'un siècle plus tard, en 1636, que les travaux sont terminés et que la première péniche arrive enfin à Paris.

Le problème est que la Marne est difficilement navigable et pas aussi aisément « canalisable » qu'une petite rivière comme l'Ourcq. Et Paris s'agrandit, ainsi que ses besoins en eau potable. Il est alors envisagé de construire un canal afin d'amener l'eau de l'Ourcq directement à Paris. Une première tranchée est démarrée en 1676 en partant de la rivière Ourcq mais la mort de Pierre-Paul Riquet, ingénieur en charge du projet, stoppe les travaux jusqu'en… 1802. Cette année-là, Bonaparte relance le projet d'un canal amenant l'eau de l'Ourcq jusqu'à un bassin situé à La Villette afin d'alimenter Paris en eau potable, et pour embellir la ville de Paris en y ajoutant des fontaines alimentées par ce même bassin.

Le canal de l'Ourcq voit ainsi le jour progressivement en partant de Paris et en remontant jusqu'à l'Ourcq. Cela prendra plus de vingt ans, essentiellement sous la direction de Pierre-Simon Girard.

Le long du canal se développent des entreprises nombreuses, utilisant le transport fluvial pour amener leurs marchandises jusqu'à la capitale. Mais voilà, entre 1858 et 1864, plusieurs été très chauds rendent insuffisant l'apport en eau de l'Ourcq. Le canal de l'Ourcq, mais aussi les canaux Saint-Denis et Saint-Martin qui partent du bassin de La Villette, sont impraticables.

Cela ne peut durer et en 1866 Napoléon III et le préfet Haussmann autorisent la Mairie de Paris - propriétaire de la concession des canaux - à prélever l'eau de La Marne afin d'assurer une continuité d'approvisionnement en eau des canaux, surtout entre Mai et Septembre.

C'est ainsi qu'en 1867 démarre la construction de deux usines « élévatoires », l'une à Villers-les-Rigault (entre La Ferte-Milon et Meaux) et l'autre à Trilbardou (entre Meaux et Paris) sous la direction d'Eugène Belgrand.

A cette époque, les Anglais commençaient déjà à utiliser la technologie vapeur, mais en France l'énergie hydraulique restait de très loin dominante, avec la technologie des roues à aubes qui était à son apogée et celle des turbines qui démarrait.

Afin de ne pas mettre « tous les œufs dans le même panier », Eugène Belgrand confia le chantier de Trilbardou à Eugène Sagebien afin d'y construire une usine à roue, tandis que Louis-Dominique Girard fût chargé de construire une usine à turbine à Villers-les-Rigault.


Cékoidon une usine élévatoire ?
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Comme son nom l'indique, une usine « élévatoire » sert à élever de l'eau. En fait, le but est de prendre l'eau de la Marne afin de la monter dans le canal de l'Ourcq qui est situé une vingtaine de mètres au dessus du niveau de la Marne. Il faut donc pomper l'eau de la Marne et la monter sous pression jusqu'au canal.

Les deux sites de Trilbardou et de Villers-les-Rigault ne furent pas choisis au hasard : ce sont les deux endroits où la Marne est la plus proche du canal de l'Ourcq, et il y avait une chute d'eau propice à l'installation d'une usine utilisant l'énergie hydraulique.

A Trilbardou, c'est un moulin sur la Marne et à Villers-les-Rigault c'est l'écluse d'Isles-les-Meldeuse qui servirent de « support » à la création de ces deux usines.


La roue de Sagebien
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Alphonse Sagebien est à cet époque très connu en France. Il vit à Amiens et à développé une roue à aubes révolutionnaire, l'ultime évolution des roues avant leur disparition au profit des turbines.

Il faut savoir qu'une roue « simple », comme il y en a sur de nombreux moulins, ne procure en énergie que 20 à 30% de l'énergie de l'eau qui la traverse. L'évolution des roues en roue dites « de côté » qui exploitent à la fois le poids et la vitesse de l'eau a permis d'atteindre un rendement d'environ 60% au maximum.

La roue de Sagebien, elle, procure un rendement de 80 à 90%, ce qui est extraordinaire pour l'époque.

Le secret de cette roue est d'avoir des aubes décalées de 45 degrés par rapport à l'axe de rotation de la roue. Mais ce décalage n'est pas « face » au mouvement de l'eau afin d'en exploiter la vitesse, mais au contraire - et c'est là l'ingéniosité de Sagebien - dans le sens de l'eau. La roue de Sagebien exploite donc plus le poids de l'eau que sa vitesse (voir schéma 1).

De plus, cette roue draine en sortie un flux d'eau laminaire, stable et sans remous, ce qui augmente la performance de la roue car elle n'a aucune turbulence qui freine sa rotation (voir photo 5).

La roue de l'usine de Trilbardou (voir photo 2) fait onze mètres de diamètres et six mètres de large. C'est la plus grande roue construite par Sagebien. Elle comporte 70 aubes en bois, fixées sur une armature en fer, car il fallait un métal capable de supporter les torsions. L'axe principal de la roue, lui, est en fonte. Il est toujours hors de l'eau et ne subit qu'une rotation. Il était donc préférable de le faire en fonte, plus résistant que le fer et qui ne présente qu'une rouille de surface.

Une vanne permet de distribuer l'eau à la roue et de réguler ainsi la vitesse de la roue. Lorsque le débit est maximal, la roue fait deux tours par minutes. Cela paraît peu, mais compte tenu de la taille de la roue, c'est beaucoup.


La salle des pompes
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Non, je ne vais pas parler de mon placard à chaussures, mais des pompes destinées à monter l'eau de la Marne jusqu'au canal de l'Ourcq.

La roue de Sagebien entraîne deux roues crantées, chacune entraînant deux pistons. Cela fait donc quatre pompes aspirantes (photo 3). Ces pompes sont à double effet (c'est-à-dire qu'elles pompent à la montée et à la descente, il n'y a donc aucun temps mort inutile dans le cycle de rotation des pistons).

Ces pompes, Alphonse Sagebien les a fait construire par l'entreprise Delaunay, Durit et Sibut, venus d'Amiens eux aussi. Il est intéressant de constater que ces pompes sont boulonnées, et non rivetées comme la tour Eiffel. Elles nécessitent de ce fait plus de surveillance et d'entretien, mais permettent un démontage aisé si nécessaire.

Pour construire ces pompes, un pont roulant (photo 4) fut construit. Ce pont est toujours en place et en état de fonctionner. Bien que très lent (il lui faut une journée pour aller d'un côté à l'autre du bâtiment), il est fonctionnel et sert même régulièrement pour l'entretien des pompes. Ce pont roulant est classé monument historique au même titre que la roue de Sagebien et les pompes aspirantes.

La charpente métallique des deux bâtiments - celui de la roue et celui des pompes - est également superbe et très travaillée (désolé, je ne peux mettre que sept photos, mais on peut en voir une partie sur la photo 4)


L'usine de Trilbardou
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Le site est sympathique, situé sur une petite route allant de Charmentray à Trilbardou. Cette usine est construite sur un petit bras de la Marne, à l'emplacement d'un ancien moulin.

En face de l'entrée (photo 6), un premier bâtiment sert de musée et de surveillance technique de l'usine actuelle. Le second bâtiment dans le prolongement est celui de la roue de Sagebien et le troisième celui des pompes. A gauche se trouve le bâtiment des nouvelles pompes.

En effet, en 1895, l'élargissement du canal de l'Ourcq à l'approche de Paris (à partir de l'écluse de Sevran) nécessita l'augmentation de la capacité de pompage de l'usine de Trilbardou. On construisit alors un nouveau bâtiment sur le côté gauche pour accueillir des pompes à vapeur. Ces pompes à vapeur furent remplacées vers 1930 par des pompes électriques.

Le remplacement du transport fluvial par le transport routier diminua le besoin en eau du canal et les pompes hydrauliques alimentées par la roue de Sagebien furent de moins en moins utilisées. Néanmoins, la roue était mise en marche tous les ans pendant l'été pour compléter les pompes électriques jusqu'à son arrêt (provisoirement) définitif en 1974.

Néanmoins, avec la crise pétrolière, l'intérêt de cette énergie hydraulique bon marché entraîna le remise en route de la roue et des pompes hydrauliques en 1981. L'efficacité et l'entretien régulier de cette usine lui permis de re-fonctionner ainsi sans aucun soucis jusqu'en 2003, date de son second arrêt « définitif ».

La roue et les pompes sont toujours en parfait état et peuvent être remis en service à tout moment, preuve qu'à l'époque on savait construire pour durer, pas pour faire consommer comme actuellement…


Conclusion
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J'ai eu la chance de visiter lors de la journée des « Monuments font le printemps » et de bénéficier ainsi des explications de Jean-François Belhoste (spécialiste des énergies hydraulique en général et de la roue de Sagebien en particulier) lors de la visite.

Malheureusement, il ne fut pas possible de voir la roue et les pompes fonctionner. Une maquette située dans la partie musée (premier bâtiment) permet de comprendre en détail le principe de fonctionnement de la roue de Sagebien et des pompes hydrauliques.

Tous les passionnés d'histoire des technologies se doivent de visiter ce site qui marque l'ultime optimisation de l'antique système d'énergie hydraulique à roue. Les visites possibles sont peu fréquentes, et il n'est pas certains que la présence d'un guide soit reconduit tous les ans.

L'usine est visitable de 9h30 à 12h et de 14h à 18h le 21 Avril 2007, le 9 Juin 2007 ainsi que les 15 et 16 Septembre 2007. Ces visites sont gratuites et guidées par des membres de l'association Au fil de L'Ourcq. Plus d'infos sur leur site web à la page du calendrier des visites ( http://www.aufildelourcq.org/loisirs/ouvertures.php ).

Vous pouvez également pique-niquer le long du canal, en face de l'usine, près de la zone de sortie de l'eau amenée par les pompes (voir photo 7).

Quand à moi, j'irai visiter l'usine de Villers-les-Rigault prochainement et je ne manquerai pas de vous parler de cette usine, l'une des pionnière en énergie hydraulique à turbines.


Remerciements
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Je tiens à remercier l'association Au fil de L'Ourcq qui par son action a permis la réouverture des visites des usines de Trilbardou et de Villers-les-Rigault, et en particulier à son président Jean-Louis Duffet qui lors de ma visite nous a fait profiter de son savoir concernant le contexte historique et géographique du canal de l'Ourcq.

Merci également à Jean-François Belhoste pour ses connaissances techniques de l'usine de Trilbardou.

Merci enfin à la Mairie de Paris -propriétaire des lieux - et au conseil général de Seine-et-Marne pour avoir rendu possibles ces visites et pour avoir mis en place ces journées des « Monuments font le printemps ». Dommage qu'il ait fallu attendre la fin du discours du président du conseil général avant de pouvoir profiter de la visite guidée, mais en période électorale (n'oublions pas que les législatives arrivent après les présidentielles) il n'allait pas laisser passer l'occasion de faire sa promotion.

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très intéressant

Commentaires sur cet avis

  • lemondrop publié le 12/11/2007
    Je l'avais oublié cet avis excellent mais voilà c'est fait !!
  • lemondrop publié le 15/10/2007
    Je reviens!!!
  • lemondrop publié le 15/10/2007
    Intéressante visite que tu nous proposes, un peu loin de chèz moi quand même!
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