Cet avis a été évalué par 13 membres de Ciao en moyenne: très intéressant
Après avoir vu ce magnifique nanar qu’est Elektra, Bisoo a voulu réveiller ses neurones et sa sensibilité artistique : direction l’opéra Garnier, le lendemain, pour voir une production qui est annoncée comme un « événement » : Wolf, spectacle musical d’Alain Platel, avec Sylvain Camberling en chef d’orchestre.
C’est un magnifique bâtiment tant à l’extérieur (voir photo) qu’à l’intérieur. Je l’aime beaucoup plus que Bastille : il est plus intime et le poids de son passé se fait sentir, alors que Bastille ressemble plus à une luxueuse coquille vide.
J’arrive à 19h50, le spectacle commençant à 20h. Deux arbres en néon fluorescent ont été installés devant la façade. Cela annonce la couleur du spectacle ;-) Je me fraie un passage parmi les touristes principalement espagnols béant d’admiration devant le bâtiment, entre, et tend fièrement mon ticket au premier placier. Le ticket ne ressemblait pas à ceux que j’avais habituellement (avec porte, rang, numéro de fauteuil), il n’y avait que la mention « amphithéâtre, place 101 ». Je pensais que puisque le spectacle était particulier, il y avait peut-être une scène annexe, ceci expliquant ce nom incongru.
« 4ème étage gauche » me dit le placier. Oups ! Jusqu’à maintenant j’étais toujours dans le parterre ou en 1ère loge, je n’étais jamais montée si haut. Allons, me suis-je dit. J’ai un abonnement jeune et jusqu’à maintenant j’ai toujours eu des places en première catégorie pour des prix très sympathiques. Il doit y avoir une explication.
Je suis des espagnols, je monte des marches en marbre, puis des marches en bois, j’ouvre la porte… Arghhhh…. L’horreur !!! Je vois le plafond peint par Chagal à 1 mètre de hauteur de moi. OK, c’est un privilège d’admirer ce magnifique plafond de si près… mais çà veut dire que la scène est au moins 20 mètres plus bas !!! Et çà veut dire que pour Garnier « amphithéâtre » est synonyme de « poulailler » :- ( . Par ailleurs, pour être à gauche, je suis à gauche, tout à gauche même… je ne vois qu’un quart de scène en me dévissant le cou. Voyant une place libre un peu plus bas, je tente le coup. Une espagnole me dit que c’est libre. Ah… là je vois les 4/5ème de la pièce, c’est déjà çà.
Je me console comme je peux : c’est nettement plus confortable que le poulailler de l’opéra de Vienne (à 2€ contre 5€ pour Garnier, alors que j’ai payé 13€ pour cette place… çà doit compenser les largesses que j’ai eu jusqu’à maintenant lol), il y a des fauteuils en velours rouge confortables et non pas seulement une rampe sur laquelle appuyer un bout de fesses tout en restant debout.
Né à Gand en 1956, il commence à se faire connaître en 1984 en montant un collectif d’artistes, qui deviendra à terme les « ballets C. de la B. ». Mais c’est en 1993 avec « Bonjour madame, comment allez-vous, il fait beau, il va sans doute pleuvoir et cetera » une « comédie musicale déjantée » qu’il conquiert une consécration internationale. (source : Ligne8, magazine de l’Opéra de Paris)
Wolf ________________________________________________
Annoncé
Photos pour Wolf, Alain Platel
garnier façade
comme un « métissage urbain du trivial et sublime contemporain », c’est un spectacle basé sur la musique de Mozart (ses « tubes »), sur des airs lyriques du même Mozart, sur des percutions, et sur la musique de Céline Dion (qui fait l’ouverture et qui clos le spectacle). Dans ce spectacle des artistes dansent, chantent, jouent la comédie, font les acrobates…Sur la scène a été érigé un vrai décor urbain, plutôt banlieue défavorisée, avec écran diffusant des clips à la MTV, tags, magasins avec des rideaux de fer s’ouvrant et se fermant…
Je vais raconter tout ce dont je me rappelle. Dans la mesure où peu d’entre vous vont avoir l’occasion de le voir, et dans la mesure où il est difficile de retranscrire les danses et les musiques, je ne pense pas que ce soit gênant (les plus grandes surprises n’étant pas narratives).
Le spectacle commence avec l’air « A new day has come » de Céline Dion. On voit ce qui semble être une prostituée promener un petit chien (vivant), et qui assiste à une confrontation brutale entre deux hommes. Des voisins apparaissent aux fenêtres. Les musiciens ne sont plus dans l’orchestre mais dans le décor même, au premier étage, derrière un rideau de fer qu’un acteur ouvre. D’ailleurs au cours du spectacle les musiciens vont avoir leur rôle à jouer, ils vont se déplacer, gratter de la contrebasse comme si c’était une guitare…La prostituée se met à chanter sur l’air de Céline Dion, la bande musicale s’arrête et on s’aperçoit… qu’elle chante comme une casserole ! Puis elle commence un discours en plusieurs langues (français, anglais, espagnol, allemand au moins), plutôt incohérent, dont le spectateur ne retient que les mots « bitch », « salope » et j’en passe. La première scène scotche le spectacteur, le but est atteint. Ce n’est guère dans les habitudes de l’opéra d’entendre du Céline Dion et d’entendre distinctement des injures.
Ensuite… je ne peux plus vous raconter la trame. Cela part dans tous les sens. Un homme agonise dans un coin de la scène. Une meute de toutous (7) de moyenne taille est lancée sur scène, certains allant vers lui, d’autres errant sur le plateau. Cela favorise l’improvisation, les chiens peuvent aboyer à n’importe quel moment, uriner sur scène (c’est arrivé dimanche dernier)… Cependant je trouve les chiens plutôt apathiques, avec toutes les répétitions ils doivent s’être habitués à cela.
J’ai alors interprété ces scènes comme : le monde est tragique et violent, sous des dehors apaisés, prônant le respect des autres. L’homme ne trouve un soutien qu’avec les animaux, et retrouve d’un certain côté ses origines, son animalité (d’où le Wolf, en plus de « Wolf » comme allusion évidente à Wolfgang Amadeus Mozart).
Certaines des voisines, jeunes et minces, habillées en tee-shirt et en jeans, se mettent à chanter. On découvre alors que ce sont des chanteuses lyriques. Une autre arrive avec un sac Tati sur la scène. Une sorte de drap en sort, elle l’accroche à un crochet. Et alors on découvre que celle-ci est une acrobate, qui nous gratifie à deux reprises dans le spectacle d’un vrai numéro de voltige (là j’étais contente, je la voyais bien comme elle était en l’air ;-) ).
Plus tard, quelques voisins se rencontrent au centre de la pièce. L’un est chauve, avec des lunettes et un costume cravate. Il se met à danser avec une souplesse et une agilité insoupçonnée (très dans l’esprit de la pub Coca « seul un Coca fait l’effet d’un Coca »). L’autre se déshabille et se met aussi à danser, mais de la danse classique. On entend brusquement un bruit de plastique qui se froisse, et un homme emmailloté dans du plastique apparaît. Il se débarrasse du plastique en dansant. Là, ce n’est plus de la danse moderne ou classique, c’est du break-dance.
Pour moi, ces scènes signifient que les hommes ne peuvent échapper au quotidien grisâtre qu’en se passionnant pour une activité artistique quelle qu’elle soit. Et cette activité les embellit et les élève à un rang supérieur.
Puis les chœurs lyriques reprennent, rythmés par deux danseurs mimant des mouvements de boys band à la 2be3. Tous les danseurs se rejoignent ensuite, et entament une danse énergique, magique, rythmée par le bruit de leurs mains qui frappent différentes parties de leur corps. Cela se termine par des mouvements de plus en plus lents, puis par une démonstration personnelle de la prostituée, qui refait tous les mouvements, mais sans faire de bruit, ce qui conduit à une incongruité. Je me suis alors dit que le message était que le visuel comptait autant que la musique, l’un sans l’autre ne signifiant plus rien.
Un nouveau tableau apparaît : les acteurs se sont déguisés (petite jupette en plastique, masques sur les visages) et prennent la pose, comme le temps d’une photo. Puis cela dégénère en partouze gay extrêmement explicite. A ce moment un voisin à côté dit à ses amis « Hasta Luego » et se lève.
Une actrice sort d’une porte qui semble donner sur un hammam (cela fume de partout), elle est en maillot de bain avec un bonnet de diablotin sur la tête. Elle danse avec ce qui semble être un chien coincé dans son maillot de bain. A la fin de la scène, elle libère le chien… oui, c’était bien un chien vivant, un chihuahua semble-t-il.
Là, je commence à me demander où je suis. Je ne ressens aucune émotion, j’ai du mal à comprendre la cohérence de toutes ces scènes.
Heureusement, après un nouvel intermède lyrique, un autre épisode de danse collective apparaît. La musique n’est plus jouée par les musiciens sur les instruments classiques. Ils utilisent le sol, le rideau de fer, et se mettent à frapper tout cela rythmiquement, à la Stomp. Une folle énergie se dégage.
Puis, une porte s’ouvre. Un petit homme avec des oreilles de Mickey apparaît. Un autre homme avec un micro apparaît. Et là… on assiste à une parodie très réussie de… l’école des fans, avec une imitation plus vraie que nature de Jacques Martin et une voix suraiguë de la part de l’acteur jouant le petit garçon. « Comment tu t’appelles ? » « Mickey » « quel âge as-tu ? » « 6ans » « Tu es grand pour 6 ans » « C’est que j’ai 6 ans et demi » « Tes parents sont avec toi ? » « Oui, ils sont là bas ». « mais… ton papa est noir !! » « oui ,c’est comme çà aux Etats-Unis »…
Une danseuse arrive, et invective le présentateur qui lui a piqué ses chaussons de danse. Le présentateur demande au garçonnet de chanter pendant que la dispute se poursuit. Le garçonnet tremble et a du mal à se concentrer. La danseuse finit par s’évanouir (est-elle morte ?) sur scène.
Finalement, tous les acteurs (dont l’acrobate, dont on a pu comprendre qu’elle était la mère de la danseuse) se retrouvent auprès du corps de la fillette. Ils la remettent debout, et sur l’air de la Marseillaise célèbrent leur triomphe, qui tourne rapidement à l’anarchie (des drapeaux volent de toutes parts, palestinien, israëlien, français, brésilien, anglais- et pas de drapeau US…). Des acteurs sont blessés par balle, ils se meuvent alors tous avec une lenteur exceptionnelle vers la sortie, se soutenant les uns les autres, au son de la musique de Céline Dion, retentissant de nouveau.
Cette scène est très claire, et d’ailleurs c’est celle-ci qui est le plus souvent citée dans les journaux et par Alain Platel lui-même. C’est une scène politique explicite, dénonçant le nationalisme et ses conséquences meurtrières.
Un des buts de la pièce est de faire comprendre au public l’incroyable modernité de Mozart. De ce point de vue, c’est parfaitement réussi. Du Mozart sur de la break-dance ne paraît pas incongru, cela semble même s’imposer. Et on se surprend à fredonner des airs, comme lorsqu’on sort d’un concert de rock. Pour la petite histoire, Alain Platel a choisi Céline Dion car il cherchait un(e) chanteur/se populaire, touchant des millions de gens, et qui les émeuve. Bref, ce qu’était Mozart quelques siècles plus tôt.
Quant à l’émotion, néanmoins, j’ai eu beaucoup plus de mal à la ressentir. Tout est surprenant, rupturiste. J’étais surprise, étonnée, mais trop étonnée pour m’émouvoir. Arrivée au milieu de la pièce (scène avec le maillot de bain et le chien), je me suis demandée ce que je faisais là, je ne comprenais plus rien (avec le recul, je n’ai toujours pas compris). Aux ¾ de la pièce, j’ai commencé à reconstituer l’histoire (les voisins, la famille avec les gosses rêvant de gloire, les gangs, le refuge dans le sexe et la violence). Je pense que la dernière scène doit être relativement émouvante, mais je me suis surtout focalisée sur la performance technique. Les espagnols parlant à côté de moi me déconcentraient (mais que faisaient tous ces espagnols ici ????).
La mise en scène est une vraie prouesse: tout semble improvisé, anarchique, et en fait tout est millimétré. Mais c'est une mise en scène plutôt opaque, difficile à déchiffrer.
Bref, je ne suis sûrement pas assez avant-gardiste. Globalement, j’ai trouvé le travail intéressant, la musique sublime, la technique des danseurs et chanteurs parfaite, et je pense que je me souviendrais longtemps du spectacle, mais ce n’est pas pour moi un chef d’œuvre, quelque chose qui m’émerveille...
Pour aller plus loin ________________________________________________
Ce midi (23 mars) Gérard Courchel reçoit sur France Inter, au journal de 13h, Alain Platel pour son spectacle, qui a par ailleurs été chroniqué le mardi 22 par Vincent Josse, sur la même scène : http://www.radiofrance.fr/chaines/france-inter01/information/chroniques/chronique/fiche.php?numero=32074&chronique_id=43
Enfin, plus sérieusement, j'ai vu des extraits, j'adore la danse et l'opéra, mais là je sens comme une overdose de symbolisme lourd qui aurait tendance à me faire fuir... donc même au poulailler, pas tentée...
11.04.2005 15:03
tu te souviens super bien du spectacle dis moi ! excellent avis mais je n'ai toujours pas récupéré mes E ! je reviendrai ! ;-))
03.04.2005 11:38
Enfin, plus sérieusement, j'ai vu des extraits, j'adore la danse et l'opéra, mais là je sens comme une overdose de symbolisme lourd qui aurait tendance à me faire fuir... donc même au poulailler, pas tentée...
03.04.2005 11:36
A la fin de la scène, elle libère le chien… oui, c’était bien un chien vivant, un chihuahua semble-t-il. <--- pov' bête !...